Infractions urbanistiques

Le lent retour en grâce de l’Îlot Sacré

©Jozef Devillé

La reprise en main de l’Îlot Sacré par la Ville de Bruxelles porte ses fruits même s’il reste difficile d’attirer les Bruxellois dans ce quartier encore considéré comme un attrape-touristes.

Accessible depuis les Galeries royales Saint-Hubert, l’Îlot Sacré peine encore à attirer les Bruxellois qui rechignent à quitter ce passage couvert majestueux pour poursuivre leur flânerie dans la rue des Bouchers. L’adage est connu: une réputation est beaucoup plus facile à détruire qu’à reconstruire. Et des années de laisser-aller ont eu raison de l’image de ce quartier historique de Bruxelles, pourtant situé au cœur de la zone Unesco et à un jet de pierre de la Grand-Place. Malgré sa reprise en main amorcée en 2017, l’Îlot Sacré se coltine toujours une étiquette de quartier attrape-touristes.

Lors de l’inauguration il y a deux mois de Kokotte, un incubateur pour les restaurateurs en herbe, dans la rue des Bouchers, les pouvoirs publics avaient d’ailleurs déclaré poursuivre un double objectif: servir de rampe de lancement aux entrepreneurs, d’une part, et faire revenir les Bruxellois dans ce quartier commerçant à l’aide de projets innovants, d’autre part. C’est un bar à chocolat baptisé Chocolero’s qui a pris possession des lieux pour une durée de quatre mois. Le temps de tester ses recettes auprès du public avant d’être remplacé par un autre pensionnaire soigneusement sélectionné par hub.brussels, l’agence régionale pour l’accompagnement de l’entreprise.

Seules quelques foulées suffisent pour tomber sur une autre adresse fraîchement installée rue des Bouchers: le concept store du créateur Jean-Paul Lespagnard. Chez Extra-Ordinaire, sorte de boutique de souvenirs qui fait la part belle à l’artisanat et la « bruxellitude », on trouve des vêtements, des accessoires ainsi que des objets de décoration originaux tels qu’un presse-papier en gaufre dorée. « C’est un bon exemple du type d’endroit que l’on essaie d’amener dans l’Îlot Sacré. Un magasin de détail qui met en avant des créateurs belges. On ne veut plus que ce soit un quartier 100% horeca. Le grand enjeu consiste à redynamiser le mix commercial avec du logement aux étages », indique l’échevin bruxellois du Commerce Fabian Maingain (DéFI). Dans cette optique, des vitrines vides situées dans la perpendiculaire rue des Dominicains ont accueilli durant les fêtes quatre pop-up stores dont l’un dédié à la marque belge de meubles de rangement Kwelox.

En soutenant Pimp My Street, le collège de la Ville de Bruxelles s’inscrit dans la continuité des initiatives prises par l’ancienne majorité PS-MR pour redonner à l’Îlot Sacré ses lettres de noblesses. Ces vingt dernières années, le quartier avait sombré dans la monofonctionnalité avec une série de dérives parmi lesquelles les terrasses envahissantes, le racolage et les fameuses arnaques au vin du patron. Le plan d’actions initié par les anciens échevins libéraux Geoffroy Coomans et Marion Lemesre prévoyait entre autres de faire la chasse aux infractions urbanistiques. Aujourd’hui, les auvents, tentes solaires et autres porte-menus avec d’immenses photos des plats proposés ont bel et bien disparu des ruelles historiques.

Quant à la rénovation des voiries avec des pavés belges en grès de Meuse ou de porphyre, elle s’est achevée en juin dernier. Un réaménagement de façade à façade qui a permis selon Fabian Maingain de stimuler les investissements privés dans le quartier. L’échevin amarante cite l’exemple de Chez Vincent, brasserie spécialisée dans les viandes située rue des Dominicains, qui a transformé une salle annexe du restaurant en un comptoir plus moderne. Sur le coin de la Petite rue des Bouchers, c’est une autre adresse historique, Aux Armes de Bruxelles, qui a repris du poil de la bête un an après sa reprise par Rudy Vanlancker (Chez Léon).

Les cellules vides décorées

En s’engouffrant dans la Petite rue des Bouchers, on constate toutefois une série de cellules commerciales vides. Les nouvelles règles urbanistiques ont visiblement refroidi certains propriétaires. Non exploitables pour des pop-up stores, ces vitrines sont recouvertes de fresques qui narrent l’histoire du quartier. On apprend ainsi que la rue des Dominicains fut percée au début du XVIIIe siècle sur des jardins potagers appartenant aux pères dominicains qui avaient leur couvent rue de l’Écuyer. C’est d’ailleurs en souvenir de cet ancien potager que la styliste florale Caroline Lumia a conçu, pour les fêtes de fin d’année, des décorations de rue à la fois diurnes et nocturnes.

L’Îlot Sacré n’a donc pas encore achevé sa mue. Selon la police locale, le racolage existe toujours même s’il est moins présent en raison du retrait des terrasses pendant la période hivernale. Ce que confirme la Fédération Horeca Bruxelles qui constate en revanche une baisse des réclamations liées aux arnaques. Si son nouveau président Philippe Trine voit d’un bon œil la rénovation du revêtement, il estime désormais urgent de s’attaquer aux façades dont les auvents aujourd’hui prohibés avaient, selon lui, le mérite de cacher la détérioration« La Ville veut aussi travailler sur l’uniformisation des terrasses, ce qui peut être très joli. L’avenir est devant nous. Le passé n’était pas tellement beau pour ceux qui se rendaient chez Léon ou aux Armes mais qui n’avaient pas envie de se promener dans ce quartier où ils se faisaient alpaguer. »

Fabian Maingain planche en effet sur un plan terrasses avant l’entame d’une réflexion sur les enseignes. Mais c’est surtout la tenue d’événements qui permettra selon l’édile de renforcer les flux piétons dans le quartier« Lors des conférences du Soir Mag aux Armes de Bruxelles, on entend des personnes qui n’étaient plus venues depuis dix ans dans l’Îlot Sacré dire que l’évolution est géniale. C’est l’expérience positive qui fera revenir les gens. C’est comme ça que l’on va remporter notre pari!

lecho.be

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